Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /Mai /2008 17:48



Vendredi 18 avril, la journée a été fatigante et stressante car notre ordinateur ne voulait plus s’allumer. Je n’ai vraiment pas envie que nous ayons à régler ce nouveau problème d’autant plus que j’aimerai finir ce récit de grossesse et lire mes derniers mails avant le week-end car je me dis qu’il y a de fortes chances pour que j’accouche ce week-end…

La nuit de vendredi, je n’arrive pas à dormir : j’ai des contractions régulières mais moyennement fortes…en tout cas, pas assez fortes pour penser qu’elles annoncent le travail !

J’essaye de me détendre et de me dire que malgré les désagréments ou les problèmes de la vie quotidienne, le bébé peut quand même venir : il n’est pas possible que tout soit parfait et que tous les détails soient réglés avant la naissance…il faut surtout avoir le courage de se lancer et accepter que le bébé arrive d’un moment à l’autre !

Le lendemain (le 19), même histoire : les contractions ne me quittent pas. Je me sens fatiguée, nauséeuse et j’ai mal à la tête… Je me sens comme sur du coton. Je suis déprimée et en même temps euphorique ; drôle de sensation… Mais la nuit porte conseil et nous verrons bien demain..

 

Le lendemain, je me réveille et petit bébé n’est pas encore arrivé. J’ai eu pendant la nuit quelques contractions douloureuses mais pas assez régulières pour me dire que le travail va commencer. La journée passe et je me sens en forme.

Lundi 21, je passe ma journée avec Alice à la maison ; j’ai besoin d’être proche d’Alice et de profiter d’elle le plus possible. Nous jouons tranquillement toute la journée, nous faisons une bonne sieste. Tout est tranquille, comme avant un orage…

Mardi, nous partons toute la journée dans Paris et je ne me ménage pas ! Mais, bébé veut encore rester au chaud.

Mercredi 23, je décide de faire de grosses courses afin de ne manquer de rien (mon corps doit sentir que c’est pour bientôt !). Je finis les dernières choses que j’avais à faire car je ressens qu’après, ce ne sera plus possible.

 

Le soir, je me sens fatiguée. Je n’ai pas pu faire de sieste et j’ai hâte d’aller rejoindre Sébastien au lit…

Mais à 23h30 précise, des contractions commencent à se faire sentir, régulières mais espacées (toutes les 10 minutes à peu près). Je les gère bien, je respire profondément et fais des mouvements amples vers le ciel avec mes bras. Je relève la tête et accompagne la contraction avec tout mon corps. Tout se passe bien.

Une heure après, j’ose enfin réveiller Sébastien (qui dormait profondément ! Cela me crève tellement le cœur de devoir le faire !) car les contractions augmentent vraiment en intensité !

Sébastien installe le lit dans le salon, je m’installe dessus et commence à accompagner les contractions dans toutes les positions possibles ; aucune d’ailleurs ne me convient vraiment ! En tout cas, je ne peux pas rester debout ; mes jambes ont du mal à me tenir. Et moi qui voulais bouger, me balancer, rester dynamique !

J’avais aussi prévu de mettre de la musique calme et douce, mais maintenant, je n’ai plus du tout envie !! L’accouchement ne se passera d’ailleurs pas du tout comme je l’avais imaginé !

A partir du moment où Sébastien me rejoint, les contractions se font de plus en plus intenses. Je les supporte de plus en plus difficilement. Sébastien coordonne tout et entre deux, me regarde d’un air désemparé. Je sens qu’il aimerait m’aider, me soulager un peu mais comment ? Moi non plus d’ailleurs, je ne le sais pas !

Je lui propose alors de prendre un bain, histoire de détendre l’atmosphère qui me semble un peu pesante ; Sébastien cherchant comment m’aider au mieux et moi, essayant de lui faire une place dans cet événement.

Mais, le bain que je pensais salvateur, ne me soulage nullement. Les contractions sont vraiment intenses et rapprochées (toutes les 3 minutes maximum). Grâce au bain, je pensais avoir des contractions moins douloureuses et ainsi pouvoir m’appuyer sur Sébastien, être plus proche de lui ! Mais, il n’en est rien ! J’ai tellement mal pendant chaque contraction ! Je ne trouve pas de position dans le bain pour être plus à l’aise, je décide donc de sortir.

J’ai alors vraiment du mal à revenir au canapé-lit : je dois me mettre à quatre pattes au sol à chaque contraction car mes jambes sont trop fragiles !

Je commence à sentir la peur monter en moi, vu l’intensité de mes contractions.

 

J’arrive à me mettre sur le lit à quatre pattes et accompagne la douleur de chaque contraction par des sons, plutôt graves et de moyenne intensité. Une sorte de lamentation avec des « a », des « o » et des « ou » expirés. Ca me fait du bien d’exprimer un peu ce que je ressens même si la douleur reste la même.

Plus le temps passe et plus mes « vocalises » augmentent d’intensité. Sébastien, voulant m’aider à supporter la douleur, me lance une ou deux blagues que je prends assez mal vu la douleur que je ressens (le pauvre !). Mais, je dois rester concentrer afin d’accompagner le mieux possible ces foutues contractions !

Pourquoi cela fait si mal ? Et pourquoi ne suis-je pas allée à l’hôpital pour avoir une péridurale ? Heureusement qu’à ce moment précis, je n’y étais pas, car j’aurais pu facilement me laisser convaincre !

 

Il est 2h30 du matin et Sébastien me demande si l’on appelle la sage-femme. J’hésite un moment puis accepte. En ligne, nous ne sommes pas très sûrs que Geneviève doive venir tout suite. Avec mon « je ne sais pas » quand elle me demande si elle doit venir rapidement, Geneviève reste (comme elle nous l’a dit plus tard) dans sa cuisine, à boire son café, en se demandant si elle fait bien d’y aller maintenant…

Elle arrive à 3h30 et je me sens soulagée. Je pensais tellement que j’arriverai à gérer les contractions toute seule, mais je m’aperçois que Geneviève est plus que la bienvenue !!!

Tranquillement, elle s’installe, parle avec Sébastien. Il lui propose un café, parle du stationnement de sa voiture, mais, moi, je n’ai qu’une envie ; qu’elle vienne me voir tout de suite, qu’elle se précipite vers moi afin de me soulager !!! Mais, biensûr, elle a l’habitude et sait que c’est à moi de donner sens à mon accouchement. Elle sait bien qu’il va y avoir encore de nombreuses contractions avant la poussée et que c’est loin d’être fini !!!

Quand elle vient vers moi, après avoir noté des commentaires sur le suivi d’accouchement,  elle me parle doucement et brièvement. Ses paroles me font du bien même si elles restent lointaines, ses massages dans les reins me soulagent. Sébastien me masse aussi mais je préfère qu’il pose ses mains chaudes sur mes reins afin de sentir sa présence.

 

Toujours effrayée par l’intensité des contractions, je lui demande de me dire à combien de dilatation je suis. J’ai tellement envie d’être rassurée, qu’elle me dise que je suis bien avancée !!!

Le verdict tombe : je suis à 9 ! Je suis presque à la fin de la dilatation ! OUF !!!

La descente de bébé va bientôt commencer, surtout que je commence à être fatiguée… J’ai de plus en plus de mal à supporter ces contractions !

Et puis, tout s’entremêle, la descente, la poussée, la douleur dans le bas du ventre et dans les reins… Les contractions augmentent encore et reviennent toutes les minutes ! Pas le temps de récupérer, la contraction passée, l’autre arrive encore plus forte ! Je me sens épuisée !

Vite, il faut que bébé sorte vite !!!

A ce moment précis, j’ai besoin de tenir la main de Sébastien. C’est tellement fort que je lui sert de toutes mes forces sa main. Je tremble de partout, mes mains, mes jambes. Je transpire, j’ai chaud : Sébastien m’essuie doucement le front.

Je ne sens pas vraiment la descente mais surtout la douleur qu’elle me procure. Le bouchon muqueux s’en va, puis, le liquide amniotique coule doucement. Sébastien essaye de me rassurer en me disant que c’est bientôt fini ; c’est vrai mais je voudrai tellement que ce soit vraiment fini que ses paroles ne me rassurent qu’à moitié !

Peu de temps s’écoule (environ 30 minutes) et mon ventre, mes abdominaux se contractent violemment tout seul. Mon corps sait ce qu’il a à faire et je n’ai qu’à le suivre.

Il faut que bébé sorte vite car je sens que j’arrive au bout de mes limites ! Quelques poussées et je sens bébé qui pèse sur mon périnée. Sa tête doit sortir à tout prix car je ne supporterai pas longtemps qu’elle stagne dans mon périnée puis à l’entrée de ma vulve.

 

Alors, j’attends la contraction et l’accompagne volontairement. Sa tête commence à sortir mais pas encore complètement. La prochaine contraction me semble trop loin, je pousse alors sans la contraction car je veux vraiment que sa tête sorte. Aidée de la contraction suivante, sa tête sort non sans avoir senti une brûlure et un étirement terribles de ma vulve. Ca fait tellement mal ! Une autre poussée et une épaule sort.

Geneviève me dit que bébé pleure. Elle me demande de pousser encore pour sortir l’autre épaule et je le fais dans un dernier effort. Maintenant, je n’ai plus de force et je n’arrive même pas à pousser le reste du corps ! Geneviève m’aide alors.

Elle me met le bébé sur mon ventre et le regardant venir sur moi, je crois voir un sexe masculin.

Bébé est tout chaud sur mon ventre. Il pleure doucement et ce, pendant plus de 10 minutes : il m’exprime ce qu’il a ressenti, peut-être la peur ou la douleur de certains moment. Mais ensuite, bébé s’étale sur mon ventre, détendu d’avoir pu se libérer de ses tensions de l’accouchement.

Sébastien et moi le regardons ensuite sur toutes les coutures et découvrons avec bonheur que c’est une petite fille !!! Nous lui souhaitons la bienvenue et nous nous présentons en tant que ses parents.

Elle est si différente d’Alice ; elle est potelée de partout ! Je regarde ses mains qui ont des petits bourrelets et je me rappelle alors les doigts d’Alice qui étaient longs et fins ! C’est vraiment un autre bébé avec des joues bien rondes et qui n’a pas du tout la même odeur qu’Alice à la naissance (c’est incroyable comme on se rappelle de l’odeur de la naissance, de l’utérus).

J’ai du mal à ne pas faire la comparaison avec Alice à sa naissance : je pense que je m’attendais à découvrir le même petit être mais c’est bien un bébé différent et donc rien n’est comparable ! En fait, sous cette attente, je m’aperçois que j’ai peur de ne pas la trouver aussi belle qu’Alice, de ne pas l’aimer autant… Mais le temps me donnera tord, heureusement. L’attachement aura lieu quelques heures après et les jours suivants car l’amour se construit et se renforce de jour en jour !

Quelques minutes après la naissance, Cerise commence déjà à téter. Cette première tétée durera plus de 15 minutes, ce qui m’étonne beaucoup car je me rappelle qu’Alice avait eu beaucoup de mal à téter à la naissance (elle ne l’avait fait que le lendemain de l’accouchement !). Encore un exemple des bénéfices d’un accouchement à domicile ou tout du moins non médicalisé, respecté.

Geneviève pèse la petite et elle nous annonce qu’elle fait 4 kilos 100 et 54 cm ; effectivement, elle est costaud !

Elle nous demande enfin son prénom, mais là, un silence s’installe, nous ne savons plus quel prénom lui donner. Nous le déciderons une fois que Geneviève sera partie : ce sera Cerise ! Un prénom qui n’avait été qu’évoqué quelques semaines avant la naissance. Mais, en la voyant si ronde et pleine de vie, Cerise est devenue une évidence !

 

Après l’accouchement, des tremblements me secouent tout le corps pendant plus d’une heure : ils sont dus à l’effort accompli et à l’intensité des contractions, me dit Geneviève. Ensuite, elle me recoud les petites lèvres qui sont déchirées (la piqûre anesthésiante et le fil qui passe dans ma vulve sont assez désagréables surtout après avoir supporté toute la douleur de l’accouchement).

 

Le placenta sortira quelques dizaine de minutes après, avec des poussées volontaires.

Ca y est la naissance est finie !

Je reste un peu sonnée par la force de mon accouchement. Mais, paradoxalement, nous discutons comme si de rien était avec Geneviève. Nous rions aussi. C’est aussi cela l’accouchement à la maison : un mélange de sensations fortes et de moments si « ordinaires » qui font partie de notre vie quotidienne ! 

Le jour commence à se lever et l’on entend alors les oiseaux gazouillés. Sébastien va chercher des croissants tout chauds et nous les mangeons tous ensemble sur le canapé-lit, en discutant et en regardant le jour se lever.

Un nouveau jour commence, une autre vie aussi, ce 24 avril 2008. Bienvenue sur notre terre ma petite Cerise ! 

Par annabelle - Publié dans : Grossesse et accouchement
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